Les hivers se suivent et se ressemblent, ou pas, suivant les crues de la Vilaine. À Redon, on surveille la montée des eaux aussi sérieusement, fréquemment, que le thermomètre d’un bébé malade.
Les anciens se remémorent l’inondation de telle ou telle année, des promeneurs voisins affluent, on parle même de « tourisme des crues ». « Ça monte, ça monte, regarde la maison là-bas, houlala, on aim’rait pas êt’ là ! » « T’as vu les bateaux, là-bas ? Il y aura des dégâts, non ? »

Les chaînes de télé débarquent. Il y a beaucoup de gendarmes. Nos élus accueillent les préfets, les ministres. Se mouilleront-ils les pieds, ou pas ? Aucun n’a osé le ciré jaune ou le gilet de sauvetage, mais certains ont enfilé les bottes
Avant le barrage d’Arzal (1970) les inondations étaient fréquentes. On faisait avec, certes, mais ce n’était pas le bon temps, ah non. Dans cette vidéo de l’INA, tournée à Saint Nicolas de Redon en1957 , il y a un passage extraordinaire: ces images du boucher, dans l’eau jusqu’aux genoux, qui débite de la viande dans son commerce inondé. On imagine les rats qui devaient se repaître des petits bouts de gras tombés dans l’eau noire.


Les habitants de Redon, Guipry-Messac, ont été traumatisés par la crue de 2025. La crainte que « ça recommence comme avant » les tenaille. Il y a de quoi. Cette année, des mesures ont été prises. Des brigades de sécurité civile d’Eure-et-Loir sont arrivées en janvier, ce qui a fait si peur à la Vilaine qu’elle a modéré ses débordements. Tant mieux.


Alors que les rivières et les fleuves de France rivalisent pour le pire, la Vilaine s’est calmée un peu et baisse lentement.






Devant le bâtiment du canoé-club de Saint Nicolas, quelques cormorans observent les flots, commentent l’actualité, se dandinent, lissent leur plumage, font trois petits tours pour se dégourdir les ailes, et reviennent.


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